Les fois où mon aimée…

Les fois où mon aimée, à nous deux je repense
Un océan de glace, devant mes yeux s’avance
Et sur la voûte blanchâtre, aucune étoile, aucune.
Au loin, comme une tache, on voit la jaune lune.
Dessus les mille vagues, glacées, de neige couvertes
Un pauvre oiseau survole, peine en ses ailes ouvertes,
Pendant que sa compagne s’en va disparaissant
Avec le groupe des autres, tout droit vers le couchant.
Il souffre et sur ses traces, de longs regards il jette;
Il n’est ni gai, ni triste, plus rien; sa mort est prête,
Aux ans passés il songe alors, dans un instant.

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Toujours plus loin nous sommes, tous deux nous éloignant;
Toujours plus seul, plus sombre, de glace je deviens.
Quand tu t’en vas te perdre, dans l’éternel matin.

 

Mihai Eminescu

traduction : Véturia DRAGANESCU-VERICEANU : http://jeanloup.roland.free.fr/

 

« Ce qu’il y a de grand dans l’Homme c’est qu’il est un pont et non un but » Nietzsche

 

Jaroslaw Kukowski

La Rolex de Sarkozy

Cela fait quelques années que je m’interroge sur le but de la vie humaine, sur les choses à faire, sur celles à éviter, sur le comportement et les idées à adopter etc.
J’étais arrivé à la conclusion que nous avons, en tant qu’êtres rationnels, un devoir, un seul : celui de rechercher inlassablement à être justes. Quels que soient nos moyens et nos forces, nous avons tous la capacité de nous améliorer et de marcher, même en boitant, sur le chemin de la justice, le seul digne d’un être rationnel.
Mais voilà qu’en quelques secondes  toutes mes certitudes se sont effondrées… La cause, dans la vidéo qui suit. Oublié Kant et sa volonté bonne, oublié Aristote et sa vertu, oubliés Epicure, Sénèque, Socrate leurs examens de nos vies et leurs remises en cause perpétuelles, oublié Sartre et sa liberté, oublié Schweitzer et sa bonté, oublié Krishnamurti et sa paix intérieuere, oubliés, tous !!! Et remplacés admirablement par Séguéla et la Rolex de Sarkozy ! Mais oui, voilà le but, le vrai, le transcendant, l’ultime, de la vie : avoir une Rolex avant 50 ans. Séguéla merci (je sais, l’expression c’est « dieu merci! » mais Séguéla est mon nouveau maître à penser, mon nouveau dieu, la convergence de toutes mes aspirations spirituelles et philosophiques) je suis encore jeune et j’ai le temps de l’avoir cette Rolex, ce soleil qui guidera désormais mes pas. Ni l’ombre, ni les tempêtes, ni autres vicissitudes de la vie ne me détourneront de cette aspiration hautement élevée. Rolex, j’ai ton image à jamais gravée en moi et je n’aurais de cesse de te poursuivre jusqu’à ce que tu sois à moi, à moi, à moi !
« Heureux les posseurs de Rolex car le Royaume des cieux leur appartient ! » (Séguéla, 5:3)
« Il est plus facile à une Rolex de passer par le trou d’une aiguille qu’à un possesseur de Swatch d’entrer dans le Royaume de Dieu. » (Séguéla 19:24)  Amen!
Il reste néanmoins une question à laquelle mon guide spirituel, que dis-je, notre guide spirituel, a omis de répondre (je t’en conjure maître, ne nous laisse pas dans l’ignorance!) : que fait-on
après avoir acquis la Rolex ???

La mort n’est rien pour nous

Habitue-toi en second lieu à penser que la mort n’est rien pour nous, puisque le bien et le mal n’existent que dans la sensation. D’où il suit qu’une connaissance exacte de ce fait que la mort n’est rien pour nous permet de jouir de cette vie mortelle, en nous évitant d’y ajouter une idée de durée éternelle et en nous enlevant le regret de l’immortalité. Car il n’y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu’il n’y a rien de redoutable dans le fait de ne plus vivre. Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu’une fois venue elle est redoutable, mais parce qu’il est redoutable de l’attendre est donc un sot.

C’est sottise de s’affliger parce qu’on attend la mort, puisque c’est quelque chose qui, une fois venu, ne fait pas de mal. Ainsi donc, le plus effroyable de tous les maux, la mort, n’est rien pour nous, puisque tant que nous vivons, la mort n’existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus. La mort n’existe donc ni pour les vivants, ni pour les morts puisque pour les uns elle n’est pas, et que les autres ne sont plus. Mais la foule, tantôt craint la mort comme le pire des maux, tantôt la désire comme le terme des maux de la vie. Le sage ne craint pas la mort, la vie ne lui est pas un fardeau, et il ne croit pas que ce soit un mal de ne plus exister. De même que ce n’est pas l’abondance des mets, mais leur qualité qui nous plaît, de même, ce n’est pas la longueur de la vie, mais son charme qui nous plaît. Quant à ceux qui conseillent au jeune homme de bien vivre, et au vieillard de bien mourir, ce sont des naïfs, non seulement parce que la vie a du charme, même pour le vieillard, mais parce que le souci de bien vivre et le souci de bien mourir ne font qu’un. Bien plus naïf est encore celui qui prétend que ne pas naître est un bien et que la vie est un mal. Par exemple, celui qui dit : «Et quand on est né, franchir au plus tôt les portes de l’Hadès.»

Car si l’on dit cela avec conviction, pourquoi ne pas se suicider ? C’est une solution toujours facile à prendre, si on la désire si violemment. Et si l’on dit cela par plaisanterie, on se montre frivole sur une question qui ne l’est pas. Il faut donc se rappeler que l’avenir n’est ni à nous, ni tout à fait étranger à nous, en sorte que nous ne devons, ni l’attendre comme s’il devait arriver, ni désespérer comme s’il ne devait en aucune façon se produire.

Lettre à Ménécée (lettre conservée par Diogène Laërce),
traduction R. Genaille (1933).

Source http://web.archive.org/web/20041216052733/textesphilo.com/index.html

L’école du crime

La faillite du tout-répressif: Record de surpopulation dans les prisons

Le 1er mai, 63 645 détenus peuplaient les 200 prisons françaises, à 7 personnes du record historique qui datait de juillet 2004… battu le 1er juin avec 63 838 détenus. Triste bilan : 23,6 % d’augmentation sur un an du nombre de personnes incarcérées en surnombre. Le nombre de places disponibles étant de 50 807, le taux de densité carcéral atteint 126% (contre 102% en moyenne pour les États-membres du Conseil de l’Europe). Près des deux tiers (63%) des établissements pénitentiaires sont en surpopulation, 7% souffrant même d’une densité de 200% : en moyenne, deux détenus pour une seule place !

Le nombre de détenus de juillet n’a pas été publié mais, selon une source syndicale pénitentiaire citée par LCI, l’Administration pénitentiaire aurait confirmé, vendredi, que « le chiffre des 64.000 était dépassé, ce qui n’est pas étonnant compte tenu de l’évolution récente. »

Le syndicaliste fait sans doute allusion à la politique ultra répressive mise en place par Sarkozy, via son âme damnée du ministère de la Justice, Calamity Dati : atténuation de l’excuse de minorité, rétention de sûreté et peines plancher. Une démarche populiste, gesticulatoire et inefficace. Mais l’on sait le modèle de société cher à « Sarkozy l’Américain » – surnom dont il s’est fièrement revendiqué lors d’une visite outre-atlantique : aux États-Unis, un habitant sur 100 est sous les barreaux. En France, on n’en compte encore « que » 0,1 sur 100 (102 pour 100 000, chiffre de 2007), même si l’augmentation atteint 32,3% depuis 2002. Les détenus américains sont au nombre de 2,3 millions, c’est-à-dire 25% de la population carcérale mondiale (pour 5% de la population totale) : un prisonnier du monde entier sur quatre est Américain ! Pourtant, le taux de criminalité là-bas indique 5,6 meurtres pour 100 000 habitants, contre 1,7 pour la France (statistiques de 2003). Qu’à cela ne tienne ! On prend des postures de matamore, on prétend juguler le crime par une sévérité accrue alors qu’on sait précisément pourtant que l’incarcération favorise la récidive ! Signalons enfin la tragique incompétence de Rachid’âne en la matière, qui déclarait le 19 mai dernier : « Il y a, je crois, à peine 6% des établissements qui seraient en surpopulation« , quand le vrai chiffre était, on l’a vu de 63% ! Pour mémoire, rappelons pour conclure que le rapport sénatorial sur Les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires en France de juin 2000 parlait d’ « humiliation pour la république« , et que Nicolas Sarkozy promettait, lors de la campagne électorale pour la présidentielle : « Beaucoup d’améliorations ne doivent pas moins être apportées à notre régime carcéral. Citons (…) la surpopulation« . Il ajoutait : « il ne sera plus possible, en France, d’obliger un détenu à partager sa cellule. (…) Je veux également réformer en profondeur nos prisons pour qu’elles soient un lieu de préparation de la réinsertion, pas un lieu d’aggravation de la relégation« . Comment des prisons à ce point surpeuplées, ce qui constitue un « traitement inhumain et dégradant » suivant le Comité de

La faillite du tout-répressif: Record de surpopulation dans les prisons

prévention de la torture du Conseil de l’Europe, qui stigmatise les prisons françaises, pourraient-elles être un lieu de préparation de la réinsertion ? Dans cette matière comme dans combien d’autres domaines (voir Sarkozy, la grande manipulation, mai 2006, Éditions les points sur les i), le président fait exactement le contraire de ce qu’il avait annoncé. Et pendant ce temps-là subsistent des situations telles que décrites en 2004 déjà par le blog Cuverville, s’agissant en l’occurrence de la maison d’arrêt de Toulon Saint-Roch (construite en 1927), où le taux de remplissage atteignait 250%, soit 145 places pour 350 détenus : « Trois, voire quatre personnes sur 9 m², la dernière dormant sur un matelas placé au sol, enfermées ensemble 22 heures par jour quand on a enlevé les deux heures de « promenade ». Comble du raffinement : un WC avec une cloison fragmentaire, intégré aux 9 m² et deux, voire une seule douche par semaine (pour cause de manque de personnel). L’été dernier, il faisait 40° dans certaines cellules. Bien sûr, le détenu ne choisit pas ses colocataires, le plus « faible » devient quelquefois l’esclave du caïd, rendant l’enfermement insupportable. » Comment dès lors s’étonner que « le nombre des suicides en prison a augmenté de 200% au cours des 20 dernières années. 60% des suicidés sont en attente de jugement, donc présumés innocents, et un tiers des suicides a lieu pendant le premier mois de la détention« , comme le constate l’Observatoire des suicides dans les prisons françaises ?

Texte par Olivier Bonnet

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Qu’est-ce qu’un Homme dans l’infini ?

Disproportion de l’homme. — Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu’il s’étonne de ce que ce vaste tour lui-même n’est qu’une pointe très délicate à l’égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s’arrête là, que l’imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C’est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. […]
Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix. Pascal, 
Pensées