15 raisons pour ne pas devenir végan

*végan(e) : personne opposée à toute exploitation des animaux dans tous les domaines où ceux-ci servent de matière première ou d’esclaves (alimentation, expérimentation, cirque, corrida, tiercé, habillement etc.)
*véganisme : mouvement qui affirme, principalement, le droit absolu à l’existence et à la liberté de tous les êtres vivants sensibles

1. Vous serez en meilleure santé donc au revoir hôpitaux et au revoir belles infirmières ou beaux infirmiers.

2. Vous ne pourrez plus décharger sur les animaux votre colère due à l’humiliation subie au travail ou ailleurs et vous serez obligé de vous opposer à ceux qui vous humilient et rabaissent.

3. Vous ne ferez plus partie des esclavagistes dominants mais des égalitaires (plus) justes, ce qui peut, en partie, nuire à votre orgueil.

4. Vous perdrez certains «amis» qui n’accepteront sûrement pas que vous fassiez de bonnes actions ni que vous soyez devenu une personne plus juste.

5. Votre famille et votre entourage vous accuseront souvent d’extrémisme pour ne pas vouloir tuer, comme eux, des êtres faibles et innocents. Vous passerez pour le/la terroriste de service, terroriste très très dangereux (dangereuse) car vous laissez, mine de rien, les animaux vivre, ce qui est inacceptable.

6. Vous ne pourrez plus vous acheter des Nike et tout ce qui ressemble à ce symbole de capitalisme maladif et vous serez, d’un coup, devenu «ringard» et «pas cool». Votre image sociale se dégradera sensiblement et indiscutablement. Vous perdrez ainsi l’appréciation de tous ceux qui vous aimaient pour ce que vous étiez.

7. Vous éliminerez beaucoup de produits nocifs de votre corps ce qui vous permettra d’avoir une meilleure santé mais aura pour conséquence l’impossibilité de vous plaindre et de recevoir la compassion de l’entourage (en plus du point 1).

8. Malheureusement, votre meilleure santé fera aussi s’écrouler plein d’organismes d’assurance et provoquera le chômage de centaines de pauvres innocents… Vous ne voulez surtout pas vous rendre responsable de cela, n’est-ce pas ?

9. Vous contribuerez aussi au chômage de tous ceux qui vivent du crime : éleveurs, transporteurs de cadavres, trafiquants d’êtres vivants, bouchers, certains commerciaux et publicitaires, confectionneurs, «scientifiques» tortionnaires, vendeurs de produits de «beauté», travailleurs des cirques, chasseurs et j’en passe… De cela non plus vous ne pouvez pas vous rendre responsable…

10. Sachant que pour un kilogramme de viande de vache par exemple il faut 15.000 litres d’eau, arrêter de manger le corps des vaches (et donc «laisser» cette eau dans la nature) provoquerait de graves inondations et des millions de morts. Vous en serez également coupable.

11. Sachant que les animaux ont besoin de beaucoup de nourriture (souvent prise aux hommes des pays pauvres), ne plus manger d’animaux reviendrait à aggraver la surpopulation mondiale car suite à votre acte irresponsable il n’y aura peut-être plus de famine sur la Terre…

12. Aussi, si les animaux ne sont pas tués, ils nous envahiront et nous connaissons tous, pour l’avoir vu dans des films de science-fiction, le danger que représente un poulet colérique ou un mouton enragé… Hitchcock, avec ses «Oiseaux», serait jaloux… Imaginez, en vrai, «L’attaque des poulets vengeurs», «L’invasion des moutons bouclés» ou «La fulgurante incursion des vaches à taches». Que dieu nous garde !

13. Si nous donnons des droits aux animaux, c’est la porte ouverte à toutes les revendications et à tous les communautarismes. Les batavias, les carottes, les cerises et les bananes revendiqueront, elles aussi, des droits égaux à l’existence. Nous crouleront sous les procès intentés par les comités de défense de ces légumes et fruits, tous nos impôts iront aux tribunaux… Des manifestations monstre se feront dans toute la France. Voici des slogans possibles : «Des droits, des droits, pour les batavias !» , «Les cerises, pas sur les gâteaux !», «Arrêtez, arrêtez, de nous carotter !»…et ce sera fini de la tranquillité publique.

14. Rester tels que vous êtes demeure un acte citoyen car où enterrer ces dizaines de milliards d’animaux ? Il faudrait, sans votre aimable concours, construire beaucoup de fosses communes, ce qui plomberait les finances publiques (en plus, en temps de crise financière…). Mais, par solidarité, vous acceptez de transformer votre corps en fosse commune pour les cadavres d’animaux et pour cela on ne vous remerciera jamais assez.

15. Et la dernière (bien qu’on puisse en trouver tant d’autres puisque tout homme est génie en invention d’excuses) : le fait de devenir végan vous ouvrirait tellement le cœur et l’esprit que vous serez mis devant de nouveaux horizons infiniment plus larges que ce que vous aviez connu jusque là. L’inconnu fait peur et nous savons bien qu’il est autrement plus confortable de rester à l’abri de ses préjugés, cachés derrière le «on», slalomant habilement entre des contradictions profondes, évitant soigneusement toute opposition au corps social. Cette vente et négation de la liberté de votre esprit seront le prix de votre tranquillité sociale et de la paix apparente avec votre entourage. Pour vivre heureux vivons ignorants.

L’empathie

« Aimer c’est vouloir que l’autre soit. »  Augustin

Alors, à mieux y réfléchir, combien d’hommes aiment les animaux qu’ils mangent, dont ils portent la peau, sur lesquels ils font des tests ou qu’ils humilient et tuent pour se divertir ?

De l’éducation cohérente

Tel devrait être le monde, telle devrait être l’indignation des parents, telle devrait être l’éducation que nous donnons à nos enfants. J’accuse le Ministère de l’Éducation Nationale qui, soumis aux industries et aux idéologies du crime, oblige nos enfants à manger des cadavres. A quoi sert d’apprendre aux enfants à s’émouvoir devant « Le monde de Nemo » si après le film on leur sert du poisson ? Vraiment, réveillons-nous… n’obligeons pas nos enfants à tuer des êtres qu’ils voudraient pour amis, laissons la sensibilité des enfants se développer et ne la dirigeons pas seulement vers des animaux exotiques car la douleur et la souffrance ne connaissent pas de frontières culturelles. Ne faisons pas semblant de protéger uniquement « les espèces en voie de disparition », protégeons (et vraiment) toutes les espèces. Tous les animaux méritent considération et respect, qu’ils soient nombreux ou pas, qu’ils soient loin ou proche. Nous apprenons aux enfants que la discrimination est une mauvaise chose, et que faisons-nous quand nous les obligeons à manger le poulet mais à caresser le chien? Nous manquons à notre parole, l’éducation de générations entières sera grandement compromise tant que nous, les adultes, resterons aussi hypocrites et lâches. Apprenons aux enfants que le nombre de pattes, la couleur des plumes ou de la peau, la longueur du museau, la forme corporelle, la taille du cerveau etc. ne permettent en aucun cas de faire des hiérarchies de valeur. Il y a une grande faille dans notre éducation, nous devons faire le lien entre le steak et le cadavre, entre le cuir et la peau arrachée, entre le foie gras et la maladie provoquée. Tant que nous ne le ferons pas, nos enfants deviendront « schizophrènes » comme nous, prônant d’un côté le respect des animaux et de l’autre contribuant directement à leur souffrance et mort. A quand la cohérence entre les paroles et les actes, à quand l’honnêteté et le courage, à quand le bon exemple ? « Éduquer veut dire être un exemple, tout le reste est du dressage ». Oswald Bumke

Veni, vidi, vegani

Le véganisme ou rien ?

Les végans ont, souvent à juste titre, une image d’extrémistes. Un mouvement de pensée qui est très marginal (du moins en France) ne peut que rencontrer des difficultés par rapport à l’acceptation et à « l’intégration ». Un mouvement de pensée qui remet directement en cause les fondements de notre société ne peut qu’être rejeté, et cela de manière pulsionnelle, par la grande majorité des personnes. Le groupe social, quoi qu’on dise, n’aime et ne tolère pas les différences trop marquées, surtout quand celles-ci lui renvoient une mauvaise image de lui même. Dans le miroir que les marginaux tendent, le groupe social voit son image déformée et il détourne le regard avec virulence et instinctivement. Le qualificatif « d’extrémistes » vient de ce comportement accusateur et moralisateur à outrance qu’ont certains végans. Mais il vient aussi du manque d’esprit critique du groupe social, de son désir de ne rien changer de fondamental, de son rejet instinctif de l’interrogation et de la remise en cause. L’Homme moderne doit être malléable, il doit s’adapter à des situations diverses : déménager, changer de travail, changer de conjoint, changer de voiture etc. et tous ceux qui ne s’adaptent pas, qui ne changent pas sont considérés comme ringards et rigides. Ainsi, dans un tel monde de plasticité, de mobilité, de changements perpétuels, ceux qui veulent appliquer à la lettre et sans concessions une éthique passent pour des illuminés, des extrémistes, des sectaires, des rigides, des tristes et j’en passe. Il faudrait, j’ai souvent entendu dire, être modéré ce qui, dans le contexte d’un débat sur le véganisme veut dire : tuer un animal de temps en temps, voler son lait, porter sa peau ou l’exploiter dans le cirque c’est savoir s’adapter au monde, c’est savoir accepter les autres, c’est savoir être tolérant, c’est, encore mieux, savoir profiter de la vie. Là je pourrais être d’accord, c’est profiter de la vie, surtout de la vie d’autrui…Retenons donc qu’il faut être modéré.

Les végétariens passent souvent, par rapport aux végans, pour des personnes modérées et raisonnables. D’ailleurs, pour beaucoup de végétariens, le véganisme est un extrême à bannir. Le végétarisme est, disent-ils, un juste milieu entre un comportement éthique et la privation la plus rigide, entre bien faire et se faire plaisir, entre aimer les animaux et œuvrer pour leur bien. Or, nous le savons, le végétarisme ne combat en rien l’exploitation et la mort des animaux, il ne combat qu’un côté de cette exploitation, le côté chair animale. Ne pas manger le corps des animaux n’implique pas forcément la volonté que ceux-ci soient libres et maîtres de leurs vies, non. Un végétarien peut, sans grande contradiction, porter la peau d’un animal ou payer pour voir quel est le comportement d’un animal-esclave dans un cirque. Ceux qui aiment les animaux et surtout veulent leur rendre justice ne peuvent pas, honnêtement, faire du végétarisme un aboutissement, une fin absolue. Les animaux n’aiment pas les végétariens et surtout, les végétariens n’aident, au fond, que très peu d’animaux. Pourquoi ne pas manger le corps des animaux et manger des dérivés (le fromage par exemple) quand on sait que les « vaches à lait » finissent le plus souvent à l’abattoir ? Et quand on sait surtout que pour le lait elles souffrent infiniment plus que si elles étaient directement destinées à être transformées en steaks ? Le végétarisme n’empêche pas le massacre des animaux, il ne fait que le décaler dans le temps. Il n’empêche pas l’exploitation, il ne fait que la prolonger.

Comme je disais, pas étonnant que les végans passent pour des extrémistes, même aux yeux de ceux qui disent vouloir rendre justice aux animaux. Je préfère, moi, dire radicaux ou cohérents. Et j’aime poser cette question : « Es-tu pour que tous les enfants du monde vivent heureux, loin de la torture, de l’exploitation et de la maltraitance ? » si vous ne rencontrez pas un psychopathe, la réponse courante est celle-ci « Oui, bien sûr ». Je pourrais (et je le fais d’ailleurs) rétorquer : « Alors tu es un dangereux extrémiste ». Comment cela se fait-il que la même idée, passée au domaine des animaux, devienne de juste injuste, de bonne mauvaise, de radicale extrémiste ? Pourquoi vouloir que tous les animaux vivent libres et heureux est-ce un mal ? Comment peut-on dire que ce qui est bien c’est de tuer certains animaux de temps en temps ?

Passer du végétarisme au véganisme c’est passer d’un esclavage différent à la liberté totale. Le végétarisme n’est qu’une forme plus douce (en apparence) de spécisme. Le seuil minimum qui nous fait refuser le spécisme est le véganisme. Il n’y a pas d’alternative. Par contre, s’il n’y a pas d’alternative, il y a un cheminement. Peu deviennent végans instantanément (ce qui est souhaitable, bien sûr). La plupart (dont moi) ont pris ou prennent du temps. L’important n’est pas seulement de devenir végan mais de se le donner comme but. Si le végétarisme est un pas (le plus rapide possible) vers le véganisme alors je suis pour le végétarisme. S’il est une finalité, je suis contre le végétarisme.

Autre chose : si le véganisme passe pour un extrémisme c’est aussi à cause de la nouveauté du terme et de cette pudeur que certains végans ont à parler de ce mouvement. Suivant l’idée qu’il ne faut pas bousculer les gens on les prend pour des enfants incapables de supporter la vérité du spécisme. Tous les Hommes affirment être des adultes mûrs et prêts à entendre la vérité. Faisons-leur plaisir, ils le demandent. Il n’y a pas à cacher le véganisme, c’est une belle philosophie qui, bien exposée, ne peut pas faire peur puisque, justement, elle combat la peur. Le meilleur espoir pour voir le véganisme appliqué à plus grande échelle c’est de répandre le concept le plus vite et le plus loin possible. Nous ne pouvons pas attendre des gens qu’ils changent s’il n’ont en vue aucun changement possible ou souhaitable. N’oublions pas non plus qu’en cachant ce terme on cache l’idée d’un monde meilleur et ainsi nous faisons le jeu de ceux qui, par intérêt économique, politique, religieux, scientifique ou philosophique, ne veulent pas voir le véganisme prendre de l’ampleur. Cacher le terme c’est cacher le concept (pourquoi croyez-vous que dans certaines dictatures des termes tels que « liberté », « droits de l’Homme » etc. sont censurés ?). Ne censurons pas le véganisme. Dédramatisons-le ! Il n’y a aucune raison valable pour que les gens ne soient pas préparés à entendre un discours qui exige un monde plus juste. Le problème c’est qu’en cachant le terme, nous le faisons nous-mêmes passer pour occulte et dangereux. Le terme « véganisme » doit devenir banal et courant, c’est la seule chance des animaux !

Oui, je le redis, il n’y a aucune raison valable pour que la société rejette les fondements du véganisme car que veut dire cette philosophie ? Le véganisme demande l’extension de notre éthique habituelle à la sphère des animaux. Il demande que soient pris en compte les intérêts des êtres qui ont des intérêts. Il demande un respect de la vie de tous les êtres sensibles. Au fond (mais seulement au fond), rien de bien révolutionnaire. Tout Homme, quelle que soit sa nationalité, son sexe, sa taille, son niveau culturel, son aspect physique, sa situation sociale etc. mérite de vivre en liberté et de poursuivre son bonheur. Alors il en va de même pour le reste des animaux. Pourquoi tout Homme mérite et a droit à cela ? Parce que c’est ce qu’il veut et parce que c’est son intérêt. Pourquoi tout animal mérite et a droit à cela ? Pour la même raison. Donner ces droits à l’un et les refuser à l’autre sous prétexte que cet autre ne fait pas partie de la même espèce c’est ce qu’on appelle « spécisme ». Le spécisme n’a aucune justification morale ou logique. Seule la force nous permet d’être aussi arbitraires dans nos pensées et comportements. Tout le monde ou presque reconnaît de nos jours que les animaux autres que l’Homme connaissent la différence entre liberté et enfermement, entre caresse et torture, entre calme et peur, entre joie et tristesse, entre vie et mort. S’ils connaissent ces différences, bien qu’ils soient d’espèces différentes, comment justifier leur torture et mise à mort systématiques ? Comment affirmer que cela est moral ou du moins que ce n’est pas immoral ? Nous savons qu’un comportement moral est un comportement qui évite de la peine inutile à des êtres qui sont capables de la sentir. L’inverse, faire du mal sans aucune raison et contre la volonté de la victime (je précise cela car nous pouvons faire du mal à un Homme en lui coupant le bras par exemple pour éviter qu’une infection ne se propage dans tout le corps) est immoral. Or nous pouvons vivre sans manger des animaux, sans porter leur peau, sans les exploiter dans les cirques, sans tester des produits sur eux etc. Si nous pouvons le faire et que nous ne le faisons pas cela revient à dire que nous torturons les animaux et nous les tuons sans aucune nécessité, juste par habitude et par plaisir. Comment donc affirmer ce comportement comme moral ?

Une société dans laquelle des milliards d’animaux innocents et faibles sont tués tous les ans dans l’indifférence presque générale est une société qui va droit dans le mûr. Comment vouloir la paix dans le monde si le plus anodin de nos gestes est source de souffrances et de mort pour des êtres innocents ? Qui peut vraiment se sentir en sécurité dans une telle société qui, par goût et habitude, vole, torture, enferme, tue ? Une société dans laquelle les plus faibles de ses membres, les animaux, subissent les plus grandes injustices est-elle une société juste ? Une société dans laquelle les faibles souffrent les caprices des forts n’est-elle pas inquiétante et malade ? D’autant plus malade que cette torture systématique, ce crime organisé sont habillés par la publicité qui nous met en scène des vaches qui rient et des poulets qui dansent ? Quel intérêt pour les publicitaires d’occulter la réalité et de construire de purs mensonges ? Ils le savent bien : tant que les gens ne réfléchissent pas, ils ne risquent pas de changer. Tant qu’ils vivent dans l’illusion et prennent cette illusion pour de la réalité, ils seront obéissants. Voulons-nous obéir ? Voulons-nous détruire la vie de milliards d’êtres qui ne veulent que vivre ? Voulons-nous un tel monde ? Pourtant, c’est le monde que nous créons et consolidons tous les jours. Si nous cherchons honnêtement la justice, nous pouvons changer ce monde, du moins à niveau individuel. Le pouvoir d’un individu est énorme, ne serait-ce que par l’exemple qu’il donne. Si un comportement et une idée nous semblent injustes, la moindre et la première des choses c’est de ne pas les appliquer. Nous avons la responsabilité de nos actes, nous ne pouvons pas nous dérober en noyant cette responsabilité individuelle dans la responsabilité commune pour la simple et bonne raison que la société est faite de l’addition des individus et non l’inverse. La société est le reflet agrandi de chacun de nous. C’est pourquoi, se changer soi c’est changer le monde. L’injustice n’est pas que commune, elle est d’abord individuelle.

Le triomphe du véganisme serait le triomphe d’une plus grande justice, d’une plus grande ouverture d’esprit, d’une plus grande sensibilité, d’une plus grande solidarité, d’une plus grande sollicitude. Je vous laisse imaginer comment serait un monde où chaque petit être aurait sa place et son droit à une existence libre et heureuse. Un monde sans domination. Ce monde est possible si nous le voulons sincèrement. Il faut comprendre qu’il est de notre intérêt à tous d’œuvrer pour. Dans notre monde désenchanté l’idéalisme faisant mauvaise figure, je précise qu’il s’agit seulement d’espoir et de réalisme. Le monde que nous rêvons existe à petite échelle. Avec l’aide de tous, l’échelle s’agrandira.

Plaidoyer pour la Vie

Connaissez-vous la vérité suprême moralement parlant ? Moi, je la connais et ce sont les animaux qui me l’ont apprise. Je leur dédie ce texte. 

Il y a quelques milliards d’années, la Vie est apparue sur la Terre. Depuis, elle s’est divisée (si elle était une) en plusieurs dizaines de millions d’espèces. Le comment, le pourquoi et autres questions de ce genre ne nous intéressent pas ici. Ce qui nous intéresse c’est ce qu’est devenue cette Vie. En se complexifiant, elle a créé des êtres doués de sensations, de sentiments, de pensées. Et elle en a créé des milliards. Chacun de ces êtres a tenté, tente et tentera de s’adapter à son milieu (ou d’adapter le milieu ) pour son plus grand confort. Jusqu’ici rien d’illégitime, rien d’immoral. Tout être arrivant dans ce monde doit se faire une petite place confortable, l’instinct de survie l’y poussant de toute façon. Parmi ces milliards d’êtres, il y en a un qui nous intéresse particulièrement : notre propre être. Parmi ces millions d’espèces, il y en a une qui nous intéresse particulièrement : notre propre espèce. Jusqu’ici rien d’illégitime, rien d’immoral. Il fût un temps où chaque être occupait un espace de vie proportionné à ses besoins. De même, sa consommation de produits de la terre se limitait au nécessaire. Il fût un temps de violence, de crime, quand les êtres et les espèces découvraient que leurs intérêts étaient incompatibles. Jusqu’ici rien d’illégitime, rien d’immoral. Ces êtres s’entre-tuaient pour survivre et, comme leur conscience était basique, leurs gestes étaient amoraux.

Mais il fût une espèce qui, par ce qu’elle a appelé plus tard l’intelligence, changea la donne. L’intelligence et la conscience ont changé la face du monde. Cet être qui renversa presque l’ordre naturel des choses est, on l’aura deviné, l’Homme. Par son intelligence, par sa ruse, il réussit à changer le cours de la Vie. Comment ? En s’érigeant maître du monde (apparemment son intelligence supérieure ou Dieu ou les deux lui donnaient ce droit). Pourquoi ? Pour son plus grand confort. Pour sonplus grand confort. Ici commencent l’illégitimité et l’immoralité. Cette infime partie du monde a proclamé que le monde serait désormais une infime partie de soi. Ce n’est plus l’Homme qui appartient au monde mais le monde qui appartient à l’Homme. Illégitimité et immoralité. Ainsi, comme le monde appartient à l’Homme, tout ce qui est dans le monde appartient également à l’Homme (soit dit en passant, non pas à tous les Hommes, mais juste à ceux qui, par leur ruse ou par leur force ont réussi à soumettre le reste…). C’est ainsi que la Vie est presque devenue propriété privée. Des millions d’espèces, des milliards d’êtres n’ont de destin que celui que l’Homme leur assigne désormais. Et les progrès et le développement des civilisations n’ont fait qu’accroître l’emprise que l’Homme avait sur le monde. Presque partout sur la Terre la vie des animaux dépend des intérêts de l’Homme. Car cet être civilisé et moral ne donne de la valeur aux animaux qu’en fonction du bénéfice qu’il peut en tirer. Autant dire que les animaux n’ont, pour lui, aucune valeur en eux-mêmes.

Mais comment les choses se passent-elles ? Cela est d’une banalité et d’une simplicité telles que peu y font attention. Des dizaines de milliards d’animaux vivent comme des esclaves et sont tués sans aucun égard et cela tous les ans. Dans des cages où ils se piétinent, où ils ne peuvent pas se retourner, dans des batteries qui ne leur permettent pas de voir la lumière du jour, transportés dans des camions surchargés (première et dernière fois pour eux de sentir, tant bien que mal, l’air, le vrai), tués comme ils ont été produits (car cela ne s’appelle plus naissance), à la chaîne, on leur nie toute sensibilité, toute valeur (si ce n’est économique), tout droit…Jamais l’Homme, civilisé qui plus est, n’aura manipulé la Vie sensible avec autant d’indifférence ou de cruauté. Il tue pour manger, il tue pour s’habiller, il tue pour se divertir. En fait, il tue pourtout. Sa vie même est un crime perpétuel. Sa vie est synonyme de mort pour les autres êtres. Sa vie tue. Et, bien qu’il marche sur des cadavres, bien qu’il survole des génocides, cet Homme ne cesse de s’appeler lui-même moral et supérieur (comble de l’absurde, pour légitimer ses crimes). Mais qu’est-ce que la morale si elle permet la souffrance et la mort (inutiles, il va sans dire) de milliards d’êtres sensibles, complètement innocents et sans défense aucune ? Mais qu’est-ce que sa supériorité si ses actes sont de loin pires que tout ce qu’un animal pourra jamais faire ? Où est la morale dans le crime ? Où est la supériorité dans la domination ? Où est la morale dans l’indifférence ? Où est la supériorité dans la violence ? Le fort doit protéger le faible sans quoi il est un lâche. Le sage doit aimer l’ignorant sans quoi il est hypocrite. Aimer. Qu’est-ce que ce mot que l’Humanité utilise à tort et à travers ? « Celui qui aime recherche ce qu’aime celui auquel il est attaché », j’avais entendu une fois…Tuer n’est pas aimer, agresser n’est pas aimer, maltraiter n’est pas aimer. L’amour est doux, désintéressé, magnanime, juste, altruiste, bienveillant. Aimer c’est aider l’autre à persévérer dans sa vie et dans son bonheur. Réfléchissez-y, aimez-vous les animaux ? Vraiment ?

Quel monde avons-nous construit ? Y a-t-il un monde plus injuste que celui où les êtres les plus dénués de faute subissent les plus grands malheurs ? Vraiment, non. Illégitimité et immoralité. Plus l’être est innocent plus injuste est le malheur qu’on lui inflige. Tant qu’on mettra un prix sur la Vie sensible, nul ne sera à l’abri d’être chosifié. Car ceux qui marchandent les êtres n’ont pas d’amour pour la Vie. Ceux qui n’ont pas d’amour pour la Vie, n’ont d’amour pour rien. Et ceux qui n’ont d’amour pour rien sont capables de tout. Nous vivons une autre forme de nazisme. “Envers les animaux, la plupart des hommes sont des nazis.” Il est vain de dire que les animaux ne sont pas comme nous. Celui qui n’est capable d’aimer que ceux qui lui ressemblent n’a, en vérité, que très peu d’amour à offrir. “Nous n’avons pas deux coeurs, un pour les animaux et un pour les hommes” disait Paul Valéry. Et puis, les animaux nous ressemblent plus que certains ne voudraient l’admettre : ils ressentent la douleur et le plaisir, la tristesse et la joie, la tendresse et l’agréssivité, la solitude et la compagnie, le stress, le calme, la peur, le courage, l’ennui…Seuls ceux qui ignorent tout des Hommes ignorent tout des animaux. Il n’y a pas de coupure radicale entre nous et eux, il y a continuité ou du moins similitude. Tout est lié dans le monde, rien n’est à part ou complètement différent. Nous sommes tous les enfants de l’Univers, nous avons tous la Vie. N’est-ce pas une ressemblance suffisante ?

Le temps est venu (avant qu’il ne soit trop tard) de construire un autre monde, d’imaginer une autre vie où tous les êtres puissent vivre leur vie si petite et insignifiante soit-elle à nos yeux. Evidemment, le lion continuera à tuer la gazelle et il ne pourra pas faire autrement. L’Homme si. C’est à cela que pourrait nous servir notre morale ou notre conscience. Nous, nous pouvons arrêter le génocide dont nous sommes responsables. Nous, nous pouvons changer notre manière de vivre. Nous, nous pouvons être meilleurs que par le passé. Nous avons cet avantage. Mais si nous l’ignorons nous nous rendons coupables et nous nous rabaissons au lieu de nous élever. La conscience nous culpabilise. Rendons-la innocente et elle nous purifiera.

L’oiseau n’est-il pas plus beau en vol que dans une cage ? Le poisson n’est-il pas plus beau dans la mer que dans l’aquarium ? Le tigre n’est-il pas plus beau dans la savane qu’au cirque ? Le poulet n’est pas plus beau dans l’herbe que dans une batterie? Rendons aux êtres leur vie, elle leur appartient à jamais. Rendons aux êtres la liberté car nos prisons sont pleines d’innocents. Quel être ne voudrait pas la vie, la liberté, l’espace ? Demandons leur avis et nous le saurons. Aucun philosophe, aucun prophète, aucun scientifique n’a le droit de parler à la place des animaux. Ecoutons-les, nous n’avons besoin ni d’une intelligence ni d’une culture hors du commun pour les comprendre. Il suffit d’imaginer leur vie, de regarder leurs yeux, de les regarder dans les yeux. Oserons-nous soutenir leur regard pur ? Peut-être qu’ils ne nous détestent même pas pour tout ce qu’on leur fait subir (pensez au chien qui défend son maître bien que celui-ci le maltraite…alors que les hommes se détestent parfois juste pour une parole de travers). Peut-être nous plaignent-ils. Qui sait ?! Par contre, une chose est sûre : ils souffrent. Puissions-nous ouvrir notre sensibilité, puissions-nous leur rendre ce que nous leur avons si injustement et si lâchement pris, puissions-nous leur rendre leur Vie ? Nous ne perdrions rien mais nous gagnerions en sagesse, en pureté, en compassion, en justice, en tolérance, en compréhension, en altruisme, en douceur…

Ils ne veulent pas des palais, ils ne veulent pas de l’or, ils ne veulent pas de la célébrité ou du pouvoir, ils veulent juste vivre leur vie qui, si humble qu’elle puisse être à nos yeux, est tout pour eux. Un tout qui ne nous coûte rien. Ils demandent tellement peu. C’est leur Terre aussi, ils y ont les mêmes droits que nous ; nous sommes tous des Terriens, nous sommes tous égaux aux yeux de l’Univers. Celui qui se détachera de sa vanité verra le monde. Celui qui en restera prisonnier ne verra que son monde. Chaque être, quel qu’il soit, a une valeur inestimable. Chaque être est un tout unique de l’espace-temps. Chaque être est le résultat prodigieux et merveilleux de milliards d’années d’évolutions et de changements. Rien ne pourra le remplacer. Ne détruisons pas les merveilles, admirons-les. Car aimer c’est admirer.


“Il y a un plaisir plus grand que celui de tuer : c’est de laisser vivre.” James Oliver Curwood