Merci Donald Trump !

Cela fait plusieurs millénaires que des petits esprits essaient de nous montrer comment il faudrait se comporter pour être quelqu’un de bien (ou du moins s’en rapprocher). Confucius dans Entretiens, Platon dans La République, Aristote dans L’éthique à Nicomaque, Épicure dans Lettre à Ménécée, Épictète dans le Manuel, Descartes dans le Traité des passions, Pascal dans les Pensées, Spinoza dans l’Éthique, Montaigne dans les Essais, Kant dans Fondements de la métaphysique des mœurs, Alain dans les Propos, Moore dans Principia Ethica ou bien, le plus abouti, Hanouna dans Comment j’ai mis des nouilles dans mon slip. Et bien d’autres mais je n’ai pas le temps de développer car je dois aller voir TPMP.

Donc tous ces esprits se sont efforcés en vain de nous éclairer sur le bien et le mal. Maintenant, que Trump existe, il me semble évident que tous leurs écrits sont inutiles et incapables de nous guider dans la vie. Nous savons désormais que pour avoir la quasi assurance d’être quelqu’un de bien il faut procéder comme suit : analyser les paroles et les actes de Trump et faire exactement le contraire. C’est aussi simple que ça. À partir de maintenant, grâce à Trump, tout traité de morale est inutile, merci au champion de nous avoir épargné tant de prises de tête, tant de doutes et tant de questionnements. Trump est un simplificateur, un facilitateur. Nous avions besoin de lui pour mettre un terme à toutes ces querelles éthiques !

Trump m’a tuer. Signé : la casuistique !

Sublime et éthique

Je vois la philosophie d’abord comme une aide précieuse sur le chemin de la sagesse. Je trouve malheureux (voire grave des fois) que la philosophie ait quelque peu perdu son rôle de « médecine de l’âme » qu’elle avait dans l’Antiquité. Non pas que l’âme serait forcément malade dans le sens contraire à la santé. Mais dans le sens moral du terme. Si la vie était un arbre, la morale serait pour moi ses racines et son tronc. Le reste des domaines (la science, l’art, la musique, la politique, la mécanique, la cuisine etc) ne seraient que les branches et les fruits. Il faut que tout ce que nous accomplissons ait un fondement, une base, un tronc et une visée morales. La morale donne ou enlève la valeur à nos actes ou à nos pensées. Certes, il y a des pensées et des actes amoraux, il ne s’agit donc pas de dire qu’il n’y a que la morale.

 

Si nous concevons l’éthique comme une morale appliquée (ce sans quoi cette dernière n’aurait presque aucune valeur), nous voyons l’intérêt et la nécessité de l’action concrète. En effet, peu de pensées ou de sentiments ne se transforment, consciemment ou inconsciemment, profondément ou superficiellement, en actes. D’où l’énorme importance d’une remise en question et d’une analyse constantes, les deux avec l’envie de changer si le besoin se présente.

Le monde est souvent le reflet de nous-mêmes. Nous avons donc, en tant qu’êtres partiellement rationnels, une responsabilité énorme quant aux conséquences de nos actes. Nier cette responsabilité c’est nier notre humanité et, au fond, rater notre vie (et celles des autres au passage).

Le changement n’est pas toujours simple : la recherche, l’interrogation, l’émerveillement, l’opposition, l’invention demandent des efforts constants et soutenus. Mais c’est à la lumière de ce combat permanent que naît le mérite. Un combat permanent mais d’autant plus facile qu’il est entretenu. Jusqu’à ce qu’il devienne naturel. L’acte éthique devrait devenir naturel et plaisant. Nous devrions cesser de considérer la morale comme une contrainte, comme une négation, comme un renoncement sacrificiel à soi. Elle est libération et légèreté. Elle est affirmation et jaillissement de nos aspirations les plus profondes. La morale fait peur car elle semble rendre faible. Tout au contraire, elle n’est que force et solidité.

Dans ce combat permanent, le sublime trouve sa place si nous le considérons comme un dépassement de soi, comme un privilège qu’on accorde à l’autre, à tout autre, quels que soient son espèce, son degré d’intelligence ou l’intérêt que nous lui portons. Sans parler d’union mystique du soi et du monde, il s’agit de ne plus tracer une frontière forcément arbitraire entre nous et les autres mais de s’attacher à ce qui nous lie, à ce que nous avons en commun, à ce que nous partageons. Car s’ouvrir au monde c’est s’ouvrir à soi et vice-versa. Le sacrifice est beau, certes, mais peut-être que dans le sublime cette notion perd son sens : si idéaliste que soit cette vue, il faut penser et vivre comme si l’autre n’était plus distinct et opposé mais sujet aux mêmes aspirations fondamentales que nous. Avec cela il n’y a pas de perte des individualités mais une reconnaissance de la ressemblance fondamentale de tous les êtres sentients. Individis est ce qui ne peut être séparé, non seulement de lui même, mais de tous les autres. La particularité n’est jamais qu’un aspect de la totalité. Reconnaître cette totalité dans ce qu’elle revêt de particulier est une des caractéristiques du sublime.